L’Hôtel-Dieu de Sens
- 2 mars
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Dernière mise à jour : 15 mars

L’Hôtel-Dieu de Sens se trouvait en face de la cathédrale – comme celui de Paris était à côté de Notre-Dame – à l’emplacement de l’actuelle halle du marché, place Saint-Étienne, aujourd’hui place de la République.

Il existait à Sens, comme dans toutes les villes du royaume de France depuis le Xe siècle, un hôtel-Dieu, c’est-à-dire un hôpital, un hospice, placé sous l’autorité de l’évêque. C’est un devoir pour les chrétiens d’accueillir au nom de l’hospitalité et de la charité les pèlerins, les pauvres, les malades, conformément au commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » que l’on trouve dans la Bible hébraïque (livre du Lévitique 19,18), dans l’évangile de saint Marc (12,31), dans l’épître (lettre) de saint Paul aux Romains (13,9). Le pape François comparait l’Église catholique à un hôpital en faisant référence à Jésus qui guérissait les malades et qui a dit : « J’étais malade et vous m’avez visité. […] Chaque fois que vous l’avez fait […] c’est à moi que vous l’avez fait » (saint Matthieu 25,36). Aujourd’hui, dans une France laïque, on parle d’humilité, de générosité, d’altruisme.
En grec ancien (la langue utilisée pour traduire la Bible hébraïque et écrire l’Évangile), il y a quatre mots pour décrire l’amour. Éros : l'amour naturel, le plaisir corporel, comme l’érotisme (Éros est le dieu de l’amour dans la mythologie grecque). Storgê : l'affection familiale, comme l’amour entre les parents et leurs enfants. Philia : l’amitié, la camaraderie. Agapè : l’amour désintéressé, l'amour pour l'amour. Dans les évangiles, c’est ce dernier mot qui est utilisé.
Cet amour du prochain, qui est commun au judaïsme et au christianisme, se retrouve dans la parabole (histoire pour illustrer une réponse) du bon Samaritain que l’on ne trouve que dans l’évangile de saint Luc (10.29). Répondant à la question d’un docteur – un enseignant – de la loi judaïque, « Et qui est mon prochain ? », Jésus raconte qu’un homme fut attaqué par des bandits qui le rouèrent de coups avant de le dépouiller.

Vitrail du bon Samaritain, cathédrale de Sens, début XIIIe siècle
Deux juifs pieux passèrent près de lui et, malgré le commandement d’aimer son prochain comme soi-même, ils passèrent leur chemin sans lui porter secours.

Vitrail du bon Samaritain, cathédrale de Sens, début XIIIe siècle
En revanche, un Samaritain (les habitants de la Samarie en Palestine romaine étaient méprisés par les Juifs comme étant une secte du judaïsme) s’arrêta. « Il le vit, raconte Jésus, et il fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Puis il sortit deux pièces d’argent et les donna à l’aubergiste en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai”.

Vitrail du bon Samaritain, cathédrale de Sens, début XIIIe siècle
Interrogeant à son tour, Jésus demande : “Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ?” Le docteur de la Loi répondit : “Celui qui a fait preuve de pitié envers lui”. Jésus lui dit : “Va, et toi aussi, fais de même” ».
La grande popularité de cette parabole a introduit dans la langue française l’expression « bon samaritain » pour parler d’une personne au dévouement désintéressé. En Suisse un samaritain est un secouriste bénévole.
C’était des religieuses qui s’occupaient des malades à une époque où l’on ne savait pas soigner – il faudra attendre le XXe siècle – mais soulager (ce que l’on appelle des soins palliatifs). Sous la monarchie de droit divin, ce que nous nommons aujourd’hui l’Assistance publique relevait non pas de l’État, mais de l’Église catholique.

Une salle de l'Hôtel-Dieu de Paris au XVIe siècle

Religieuses soignantes au Canada vers 1875
L’Hôtel-Dieu fut transféré pendant la Révolution à l’emplacement de l’actuel centre hospitalier Saint-Jean.

L’ancien Hôtel-Dieu fut détruit au XIXe siècle. Sa façade a été reconstruite il y a un siècle grâce au mécénat d’une Américaine, près de l’église Saint-Pierre-le-Rond, la seule des églises paroissiales encore existantes dans Sens intra-muros.





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