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Le Bloc-notes : « On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre ».

il y a 18 heures
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Dernière mise à jour : il y a 13 minutes


“Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit.”
Charles Péguy – Notre jeunesse (1910)

En septembre 2008 ont eu lieu deux événements, en apparence de nature très différente, mais qui, rétrospectivement, étaient intimement liés : l’homélie du pape Benoit XVI à Paris et l’acmé d’une crise financière.

 

Le prédécesseur des papes François et Léon XIV s’était rendu en France pour le 150e anniversaire des apparitions de la Vierge Marie à Lourdes, en commençant par Paris. La visite d’un successeur de saint Pierre (se reporter sur histoire-en-cours.com à mon bloc-notes du 29 mai 2025 : Tu es Petrus) suit un protocole qui est l’apanage de l’Église catholique, seule religion dans le monde ayant une base étatique : la cité du Vatican.


C’est à la France, et plus précisément à Pépin le Bref, père de Charlemagne, que la papauté doit d’être un État souverain depuis le VIIIe siècle. Aujourd’hui encore, les souverains pontifes sont donc reçus dans les pays à la fois comme chef d’État et guide spirituel. Lors de la visite en avril dernier de Léon XIV en Algérie, pays dont la constitution précise que « l’islam est la religion de l'État. », le président de la République algérienne est venu accueillir le pape à sa descente de l’avion.

 

En 2008 donc, le samedi 13 septembre, le pape Benoit XVI commença sa journée en se rendant à l’Institut de France, dont il était membre de l’Académie des sciences morales et politiques depuis 1992. D’origine allemande, francophile et francophone, il souligna, dans une allocution devant les cinq académies réunies sous la Coupole, « les liens profonds » qui l'attachaient à la culture française pour laquelle il éprouvait « une grande admiration » avant d’ajouter : « Dans mon parcours intellectuel, la rencontre avec la culture française a eu une importance singulière ».




Puis, il se rendit sur l’esplanade des Invalides pour y célébrer une messe. Dans son homélie, il commenta la lecture du jour, la première lettre de saint Paul adressée aux Corinthiens dans laquelle il invite ses auditeurs grecs à « fuir le culte des idoles ». Pour l’apôtre, « la cupidité insatiable est une idolâtrie » et « l'amour de l'argent, la racine de tous les maux ».


Dix-huit ans plus tard, lors de la messe célébrée sur la place de la Concorde, le pape Léon XIV est revenu lui aussi sur la question des idoles : « Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles, mais laissent notre cœur vide ? » Peu de temps auparavant, dans son encyclique Magnifica humanitas, il écrivait : « Évitons l’idolâtrie du profit qui sacrifie les plus faibles ». Permanence de la pensée des successeurs de saint Pierre !


Cette condamnation de l’idolâtrie se trouvait déjà dans la Bible hébraïque au livre de l’Exode : le peuple hébreu avait pu, grâce à l’intervention du Dieu unique, fuir l’Égypte où il était réduit en esclavage, mais il préféra adorer une idole sous la forme d’un veau en or.



L'Adoration du Veau d'or par Nicolas Poussin, XVIIe siècle


Alors que Benoit XVI se livrait à l’exégèse du texte de saint Paul sur les idoles, à 5.800 km de là, une réunion de la dernière chance se tenait dans les bureaux de la Réserve fédérale des États-Unis (Fed) à New York pour éviter la faillite de la banque Lehman Brothers. Celle-ci avait perdu l’essentielle de ses liquidités à la suite de la crise des subprimes (prêts immobiliers à des personnes insolvables). Sans revenir sur tous les aspects de cette affaire, celle-ci peut se résumer, sur un plan moral, par les effets combinés de la cupidité « insatiable » des prêteurs abusant de la crédulité des emprunteurs qui avaient le légitime souhait d’avoir un toit à eux. Deux jours plus tard, le lundi 15 septembre, tous ceux qui méditaient les paroles du pape apprirent que Lehman Brothers se déclarait en faillite, ce qui provoquera une crise boursière puis économique mondiale.

 

Celui qui a le mieux décrit l’aveuglement des financiers devant leur idole, le libre marché, est Alan Greenspan, président de la Fed de 1987 à 2006, qui vient de mourir centenaire : « J’ai commis une erreur en pensant que l’intérêt des sociétés, en particulier celui des banques, était tel qu’elles étaient les mieux à même de protéger les actionnaires et leur capital. Je ne comprends toujours pas complètement ce qui s’est passé, et pourquoi cela est arrivé » (23 octobre 2008).

 

L’incrédulité qu’Alan Greenspan manifesta devant l’incapacité des marchés financiers à préserver à la fois leurs intérêts et ceux de leurs clients était aussi une forme d’aveuglement. Ce qu’il ne comprenait pas n’était pourtant que l’application contemporaine de ce que disait Jésus : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la foi Dieu et l’argent » (évangiles de saint Luc et de saint Matthieu).

 

Selon la Bible, Dieu a créé l’homme et la femme libre, c’est-à-dire capable de faire des choix, ce qui est à l’opposé du « en même temps » que le bon sens populaire a transcrit dans le proverbe : On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.


M. de Fraguier




Autre exemple de « cupidité insatiable », le scandale de Panama sous la Troisième République : des parlementaires avaient, contre de l’argent, voté l’autorisation d’un emprunt pour financer le percement du canal éponyme. La faillite de ce projet ruina des milliers de petits épargnants.



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