Le Bloc-notes : Retour à Notre-Dame
- 13 avr.
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Dernière mise à jour : 13 avr.
“Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit.
Charles Péguy – Notre jeunesse (1910)

La Sainte Couronne au centre de son reliquaire
sous la garde des Chevaliers du Saint-Sépulcre de Jérusalem
Il y a un an, à la lecture de mon bloc-notes intitulé La Croix et la Gloire (dont vous pouvez retrouver une version mise à jour sur ce site), un de mes amis m’écrivit pour me dire combien le choix de la phrase de Péguy comme épigraphe de ces chroniques était justifié. Alors qu’il découvrait dans Notre-Dame le nouveau reliquaire de la Sainte Couronne réalisé par Sylvain Dubuisson, il n’avait pas remarqué la gloire suspendue au-dessus de la croix !
Qu’est-ce que la Sainte Couronne ?
Il s’agirait de la “couronne” que les soldats romains ont mise sur la tête de Jésus en l’appelant, par dérision, « roi des Juifs », avant qu’il ne soit crucifié. Elle est décrite par les évangélistes comme ayant été tressée avec des branches épineuses.
C’est une des plus importantes reliques du christianisme. Une relique est tout ce qui peut se rattacher à Jésus et aux saints. La vénération des reliques atteint son apogée au Moyen Âge, et, malgré son rejet par le protestantisme, elle est restée bien vivante chez les catholiques et les orthodoxes, comme l’a montré la récente ostension (du latin ostensio, « action de montrer ») des reliques de saint François d’Assise qui ont attiré plus de quatre cent mille pèlerins en un mois.
Il faudra attendre que l’empereur romain Constantin mette fin en 313 aux persécutions des chrétiens pour voir apparaitre ce que l’on appelle les « reliques de la Passion », ce dernier mot désignant les souffrances endurées par Jésus, de son arrestation à sa mort sur une croix. L’absence d’informations sur les reliques pendant les trois premiers siècles ne permet pas de les authentifier, ce qui explique sans doute que leur vénération est perdue de son importance dans notre époque matérialiste.
Dès le IVe siècle, la Sainte Couronne est présentée aux pèlerins qui se rendent à Jérusalem, avant qu’elle ne soit transférée, au moment des invasions perses, à Constantinople, la capitale de l’Empire byzantin. En 1239, Louis IX – seul roi de France à avoir été déclaré saint, après sa mort, par l’Église catholique – achète la couronne d’épines.
Il débourse pour cela l’équivalent de la moitié du revenu du domaine royal et non pas, comme trop souvent écrits, du royaume. En effet, sous la féodalité, ce sont les titulaires de fiefs qui lèvent l’impôt. De plus, les fiefs qui relèvent du roi ne représentent, à cette époque, qu’un quart du royaume de France. C’est pour cette raison que le roi recevra cette relique non pas à la frontière du royaume, mais à la limite sud-est du domaine royal et du comté de Champagne, à Villeneuve-l’Archevêque.

Le 10 août 1239, le roi Louis IX reçoit à Villeneuve-L’Archevêque la Sainte Couronne et d’autres reliques de la Passion de Jésus
Miniature du XIVe siècle
Louis IX et son frère cadet, Robert, vont porter à pied, en simples pénitents, le reliquaire sur la vingtaine de kilomètres de l’ancienne voie romaine qui sépare Villeneuve-l’Archevêque de Sens.
Pourquoi Sens ? Cette cité gauloise, devenue chef-lieu de la province romaine dite Sénonaise, a perdu au Moyen Âge son rôle stratégique, mais pas sa place dans l’Église du royaume. Du VIe au XVIIe siècle, ce vaste archevêché comprenait les évêchés d’Auxerre, de Chartes, de Meaux, de Nevers, d’Orléans, de Paris et de Troyes. Les archevêques de Sens résident souvent à Paris et y font construire à la fin du XVe siècle un hôtel particulier où se trouve aujourd’hui la bibliothèque Forney.
Cette place est confirmée par la présence au conseil du roi Louis IX de son archevêque, Gauthier Le Cornu. Il ne faut pas sous-estimer l’importance des conseillers dans la monarchie. Un monarque a le devoir de prendre conseil avant de décider in fine. Au début du IIe millénaire av. J.-C., l’empereur de Haute Mésopotamie écrit à son fils le roi de Mari : « N’as-tu donc pas de conseiller qui te conseille ? »
C’est ce même prélat qui avait marié le 27 mai 1234 le roi avec Marguerite de Provence, qu’il sacrera et couronnera reine le lendemain, dans la cathédrale de Sens. Édifiée à partir de 1130, elle est la première de style “français”, ce que l’on nommera à partir de la Renaissance le “gothique”.
Mais revenons à la Sainte Couronne. Arrivée à Sens la nuit, la procession se dirige vers l'abbaye royale de Saint-Pierre-le-Vif, où la relique est présentée à la vénération des fidèles. Le lendemain, elle est portée, toujours par le roi et son frère, à l’intérieur de la cathédrale comme le montre cet impressionnant tableau (5,50m par 4,20m) de 1824 se trouvant au Palais synodal de Sens.

Enfin, elle est placée sur un bateau qui descend l’Yonne et la Seine pendant huit jours avec des étapes à Montereau et Melun, avant d’être débarqué à Vincennes. Après une ultime halte à Notre-Dame de Paris, neuf mois après son départ de Constantinople, elle arrive au bout de son périple au palais royal sur l’île de la Cité. Louis IX y fera construire la Sainte-Chapelle comme écrin de la Sainte Couronne et d’autres reliques de la Passion.
En 1806, Napoléon remet la Sainte Couronne à l’archevêque de Paris pour être placé dans le trésor de Notre-Dame où elle se trouve toujours. Elle est présentée aux fidèles tous les premiers vendredis de chaque mois et les vendredis pendant le carême.
Pendant l’incendie de Notre-Dame en 2019, les pompiers de Paris ont réussi à la sortir de la cathédrale alors qu’une partie de la voute s’effondrait. Un miracle ?!
M. de Fraguier, Vendredi saint 2026.



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